L'art moderne se lit comme une succession de ruptures, chacune répondant à la précédente autant qu'à son époque.
Refusés au Salon officiel, Monet, Renoir, Pissarro et leurs proches exposent ensemble à partir de 1874. Ils quittent l'atelier, peignent la lumière changeante et assument la touche visible. C'est le premier mouvement à se définir contre l'institution.
Matisse et Derain libèrent la couleur de toute fonction descriptive au début du vingtième siècle. En Allemagne, Die Brücke puis Der Blaue Reiter poussent la déformation au service de l'émotion.
Picasso et Braque décomposent l'objet et le montrent sous plusieurs angles simultanés. Le collage, introduit vers 1912, fait entrer dans le tableau des matériaux qui n'étaient pas de la peinture : la conséquence sera considérable.
Kandinsky, Malevitch et Mondrian franchissent le pas de la non-figuration dans les années 1910, chacun par un chemin distinct : le lyrisme, le suprématisme géométrique, la grille orthogonale. Le dadaïsme et le surréalisme, nés de la guerre, déplaceront ensuite la question de la forme vers celle du sens.